En remontant le nord de la rivière Gatineau pour entrer dans la région de la vallée de la Gatineau, on parcourt ce qui a longtemps été le terrain de jeu des coureurs des bois et des exploitants forestiers avant que les premiers Irlandais, fuyant la Grande Famine, ne s’installent sur le territoire. Beaucoup plus au nord, la réserve algonquine Kitigan Zibi à Maniwaki offre aux visiteurs un aperçu de l’histoire et de la culture anishinabe à travers son centre culturel.
Et pour ceux qui veulent prendre leur temps, la Véloroute des Draveurs permet d’explorer une multitude de sites géologiques et d’écosystèmes uniques sur 70 km à travers la vallée.
Dans les années 1830, trente ans après l’arrivée de Philemon Wright en Outaouais, le nord de la rivière Gatineau au-delà de la région des Collines est encore terra incognita ou presque. La région commencera à se peupler avec l’arrivée de centaines d’Irlandais fuyant la famine dans leur pays natal. Ils vont créer ce qu’on appellera la petite Irlande de la Gatineau. Ce sont les sentiers tracés par les commerçants de bois le long de la rivière qui vont permettre aux colons de remonter celle-ci. Aujourd’hui, Low est la municipalité de la vallée qui compte le plus de fermes, mais au XVIIIe siècle, le territoire est surtout connu pour la spectaculaire chute Paugan (opwagan en algonquin, calumet en français) haute de 35 mètres. Un barrage y est construit en 1927, doublé d’une centrale électrique. Il permet un point de vue exceptionnel sur la rivière en contrebas et sur l’île du Milieu.
Un point de passage
Encore plus au nord, lorsque la route 105 rejoint la rivière, le village de Gracefield offre de beaux exemples d’ensembles de fermes dans un paysage vallonné. Jusqu’aux années 1860, le village marquait la fin de la route carrossable. Gracefield était alors le point de passage des voyageurs qui continuaient leur route vers le nord en canot. Son nom est sans doute un legs du marchand Patrick Grace. On retrouve sur son territoire le pont couvert Cousineau construit au cœur de la grande dépression des années 1930. Symboles de la fragilité du patrimoine québécois, les ponts couverts n’ont fait l’objet d’une protection qu’à partir des années 1990 après que nombre d’entre eux eurent disparu. On en trouve d’autres beaux exemples dans la région.
Six portages sur la rivière
L’histoire du village de Bouchette, plus haut sur la rivière Gatineau, est liée encore une fois à l’axe de communication que celle-ci représente. La vie économique va se développer autour de la Ferme-des-Six qui se trouve à la hauteur de la décharge du grand lac Rond dans la Gatineau. Cette ferme patrimoniale doit son nom aux six portages qui restaient à faire avant d’arriver à Maniwaki. On retrouve à proximité plusieurs fermes et ensembles de fermes centenaires.
Maniwaki, Terre de Marie
Maniwaki, chef-lieu de la Gatineau, sera fondée en 1849 par des missionnaires oblats, en tant que mission, sur les berges de la rivière Gatineau et de la rivière Désert. En langue algonquine, le terme Maniwaki signifie « Terre de Marie ». Marchands de bois, agriculteurs et commerçants viendront par la suite s’y établir pour profiter de l’essor de l’industrie forestière. L’histoire forestière du village est évoquée au Centre d’interprétation de l’historique de la protection contre le feu situé dans le bâtiment patrimonial du Château Logue, sans compter la présence, au cœur du parc du Pythonga en bordure de la rivière Désert, d’un remorqueur ayant servi à tirer des billes sur le réservoir Baskatong de 1928 à 1993.
Maniwaki, terre des Anishinabe
Dans le village, des panneaux historiques permettent d’en apprendre plus sur l’histoire de Maniwaki et de la région. Maniwaki est aussi depuis longtemps liée à l’histoire des Algonquins qui se nomment eux-mêmes Anishinabe, les « vrais hommes ». Les Anishinabe, une société de chasseurs nomades, sont réputés pour être d’habiles navigateurs et constructeurs de canots. L’arrivée des colons va bouleverser leur mode de vie. Décimés par les maladies apportées par les Européens et par leurs ennemis hurons, dans les années 1650, ils se mettent sous la protection des Blancs à Oka. Plusieurs familles reviendront s’établir sur les rives de la rivière Désert au début du XIXe siècle. La mission fondée par les pères oblats aboutit à la création d’une réserve en 1853 à la suite de plusieurs requêtes des missionnaires.
La réserve algonquine de Kitigan Zibi
Kitigan Zibi sera la première réserve algonquine officielle, mais la souveraineté de ses occupants, la Bande de la rivière Désert, sera régulièrement remise en cause pendant un siècle, les ressources forestières suscitant des appétits… Au XXe siècle, de nombreux habitants de la réserve vont travailler dans les chantiers, à la drave ou comme guides de chasse et de pêche. Aujourd’hui, la réserve est la plus prospère des réserves algonquines et son centre culturel offre aux visiteurs diverses expériences d’immersion grâce à des démonstrations et des ateliers portant sur la culture anishinabe.
Une véloroute dans la Vallée
Pour les visiteurs qui souhaitent prendre leur temps, la Véloroute des Draveurs, un tronçon du sentier Transcanadien, permet de parcourir la vallée de la Gatineau à vélo. Cette piste cyclable sillonne sur une distance de plus de 70 km une multitude de sites géologiques et d’écosystèmes, longe plusieurs lacs et rivières ainsi que des bâtiments patrimoniaux entre les villages de Low et Maniwaki.