C’est aux abords immédiats de la chute des Chaudières que s’établit en 1800 la petite colonie dirigée par l’entrepreneur américain Philemon Wright. En un siècle, les vastes forêts qui couvrent les alentours font place à une ville industrielle dont la morphologie évoluera au fil des activités économiques, des incendies à grande échelle et des décisions politiques. Les témoignages du riche passé industriel de Hull sont au coin de chaque rue tandis que ses parcs situés en bordure des plans d’eau rappellent que la région possède également une histoire encore plus ancienne.
Cours d’eau, rivières et marais ont modelé la carte de peuplement de la région de l’Outaouais tout comme ses zones urbaines. À l’époque de la Nouvelle-France, l’Outaouais est encore le royaume des Algonquins peu favorables à la colonisation. C’est une population nomade qui utilise les cours d’eau pour ses déplacements et participe à la traite des fourrures au début du XVIIe siècle, mais qui, après avoir été décimée par les maladies et les guerres avec les Iroquois, se réfugie à Oka vers 1650.
Le nom de la principale rivière vient du nom d’une autre tribu, originaire des Grands Lacs, les Odawas, qui sont des utilisateurs de la rivière, mais pas originaire de la région.
La chute des Chaudières
Au début du XIXe siècle, l’Outaouais s’ouvre d’abord aux colons d’origine britannique ou américaine avec les premiers occupants du secteur de Hull. Philemon Wright, un propriétaire terrien du Massachusetts, arrive avec des proches pour y fonder une communauté agricole. Il aménagera aussi un petit centre industriel à la hauteur de la chute des Chaudières, des moulins à farine et une scierie. Ce lieu est fréquenté depuis des centaines d’années par les Premières Nations, puis par les explorateurs, voyageurs et trafiquants qui s’y arrêtent pour emprunter le sentier de portage qui contourne la chute.
Le ruisseau de la Brasserie
Wright fonde une colonie agricole, mais il comprend vite le potentiel forestier de la région. Dès 1806, il réussit à faire transiter des radeaux de bois équarri depuis Hull jusqu’à Québec. Il vient de changer la vocation de la région et l’industrie du bois va rapidement remplacer l’agriculture. Village peuplé d’immigrants américains pendant ses premières décennies, Hull deviendra progressivement une ville canadienne-française au fil du temps. Sur les berges de ce qui va plus tard prendre le nom de ruisseau de la Brasserie, Wright fait construire rapidement une brasserie-distillerie destinée à étancher la soif des travailleurs de plus en plus nombreux à s’installer à Hull.
L’empire d’Ezra Butler Eddy
En 1875, à la suite de l’installation de l’Américain Ezra Butler Eddy, les industries de Hull connaissent un essor remarquable, surtout grâce aux nombreuses scieries. Un peu plus tard, E. B. Eddy se lance aussi dans les pâtes et papiers.
Le grand feu de 1900 qui dévastera la moitié de la ville de Hull détruit une grande partie du secteur industriel de Hull. La population s’en relève difficilement et plusieurs scieries ne seront pas reconstruites. E. B. Eddy négociera une reconstruction rapide de ses établissements et dès 1901, fabrique d’allumettes et usines de pâtes et papiers ont redémarré leur production.
La construction de Portage signe la fin d’un monde
Au tournant du XXe siècle, l’économie de Hull se diversifie : cimenterie, mécanique, production de lait, de briques, d’articles en laine et d’explosifs. Ces activités font de Hull l’un des principaux centres industriels du Québec. Après 1945, le déclin industriel de Hull s’accélère. Les années 1970 voient la construction de différents édifices gouvernementaux à la suite de l’expropriation et de la destruction de centaines de logements modestes qui forcent l’exode des populations. Aujourd’hui, des milliers de fonctionnaires travaillent à Gatineau et le gouvernement fédéral est le premier employeur de la ville. L’importance historique du centre économique de l’Outaouais s’exprime dans la richesse de son patrimoine industriel comme en témoignent les édifices qui ont survécu à la démolition comme les anciennes usines d’E. B. Eddy ou encore La Fonderie.
Un passé industriel à découvrir
Promenez-vous le long du ruisseau de la Brasserie dans le quartier d’Argentine épargné par le grand feu de 1900 et visitez une des expositions du centre d’artistes AXENÉ07 dans l’ancienne usine Hanson ou allez flâner au bord de l’eau dans le parc Jacques-Cartier et faites un arrêt devant l’une des plus anciennes maisons de la région, la maison Charron, datant de la période du fondateur Philemon Wright et aujourd’hui la Maison des auteurs de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais. Vous pouvez aussi suivre les circuits patrimoniaux mis à votre disposition par la Ville de Gatineau.